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Energy-XT 2.0 par Virgo

Je sais bien qu’il existe déjà d’autres logiciels de MAO très aboutis sous Linux et qui conviennent parfaitement à la façon de travailler d’un certain nombre de musiciens.
Seulement je tenais à vous faire partager ici mon immense joie d’avoir enfin trouvé
LE logiciel « tout en un » que j’attendais depuis des lustres, facile à prendre en main et qui ne me dépayse pas trop par rapport à FL Studio sous Windows.

En effet, j’utilisais FL Studio depuis maintenant près de deux ans et, quoi qu’en disent ses détracteurs, j’étais plutôt satisfait par la qualité de ce soft.

Voyez… Je parle déjà de FL Studio au passé car j’ai enfin trouvé ma perle rare avec energyXT. C’est dire l’ampleur de la claque… Je suis tout simplement bluffé par la qualité du truc.

Le site officiel (en anglais) qui aura réponse à toutes vos questions se trouve à cette adresse :

http://energy-xt.com

Seul bémol : energyXT est payant. Ceci dit, il ne vous en coûtera que 70€ pour bénéficier de la version complète, sachant que la version démo vous permet de tester toutes les fonctionnalités mais vous empêche de sauvegarder vos projets. Compte tenu des possibilités offertes par le logiciel, cela me semble un prix plus que raisonnable si on le compare à ses concurrents.

Ce séquenceur « tout en un » est simplissime à installer (une simple archive à décompresser), à paramétrer puis à utiliser.

C’est bien simple, en une après-midi j’ai réussi à faire quasiment tout ce que je savais déjà faire sous FL Studio !

Ce qui m’a le plus bluffé c’est la qualité du synthé de base et des effets (reverb, delay, etc) incorporés au logiciel, ainsi que la prise en main super intuitive pour qui est déjà habitué à bosser avec un séquenceur.

sequenceur


Il y a aussi des possibilités de mixage et de masterisation comparables à celles offertes par FL Studio. Et ça c’est vraiment une gageure à trouver dans un même logiciel chez les rares équivalents libres existant sous Linux…

Autres points qui m’ont épaté : la possibilité de freezer très simplement une piste pour gagner en cycles CPU et même de la dé-freezer ensuite. C’est très fort, même si je sais que cela existe depuis belle lurette dans d’autres programmes sous Windows.
D’ailleurs, côté consommation de CPU, je suis loin d’avoir poussé le soft à bout mais je trouve qu’il s’en tire admirablement bien (testé sous Ubuntu Studio, alors peut-être le noyau basse latence est-il pour quelque chose dans ces performances ?)…

drums


Parmi les fonctionnalités bluffantes il y a aussi une fonction de zoom très originale ainsi qu’une gestion très efficace des automations, avec des tracés de type vectoriel très pros et qui offrent une grande précision (un des points à améliorer, selon moi, dans FL Studio).

Dans l’ensemble les raccourcis clavier et les combinaisons clavier/souris sont très bien pensés et super pratiques. Tout ça est très ergonomique. L’interface visuelle très sobre n’en est pas moins diablement efficace (bien que certains petits détails puissent être encore peaufinés à mon humble avis).

Autre truc qui m’a bien plu : la qualité et la concision des tutoriels disponibles sur le site officiel, dont des tutoriels vidéo disponibles sur Youtube.

Et puis il y a aussi une gestion des banques de samples et de plugins tout à fait comparable à celle de FL Studio, avec notamment l’utilisation courante du glisser-déposer, ainsi qu’une communauté active d’utilisateurs regroupés au sein d’un forum.

J’en oublie encore sûrement beaucoup mais je ne voudrais pas non plus vous gâcher le plaisir de la découverte. Clin d'oeil

Ah oui ! J’allais oublier… energyXT gère les plugins VST et VSTi (même sous linux !) et il est également disponible en version Windows ce qui fait qu’il y a moyen de collaborer entre utilisateurs Linux et Windows.

Je suis donc actuellement en train de bosser sur un tout nouveau morceau avec ce logiciel.
Pour un fan d’Ubuntu comme moi, c’est vraiment un immense plaisir de se sentir ainsi libéré de Windows, la MAO étant la seule application qui me retenait encore sous l’OS de Redmond.

Et tant pis si c’est pour travailler encore quelque temps avec du logiciel propriétaire. Je trouve que c’est déjà un sacré pas en avant d’enfin arriver à tout faire sous Linux, en attendant que des softs de type LMMS arrivent à pleine maturité.

NDLR : energyXT n’est pas un logiciel libre, il travaille aussi avec des formats propriétaires (REX2, VST/VSTi, MP3). Cependant un logiciel de cette qualité sous linux ne pouvait pas passer entre les pattes de l’autruche. Le fait que le logiciel soit payant peut être tout à fait une conséquence de son support des formats REX2 (un format tout droit issu de Reason) puisque l’auteur a dû certainement acquérir une licence pour intégrer ce support à son logiciel.
Source : Virgo sur le forum de Dogmazic.

Vers une musique libre…

C’est possible, on y travaille, rejoignez-nous !
Publié le mardi 29 mai 2001, sur le site uZine.net
par Ether-Michel Pillequant

Sur le mode de la Gnu GPL, s’élabore la FMPL ou free music public license : Rico Da Halvarez, collaborateur et correspondant en France de Ram Samudralah et Ensor, parle.

Vers une musique libre…

Zikos et amateurs de musique, ce message vous concerne ! Le texte qui va suivre se propose de vous causer d’un projet qui risque fort de révolutionner le marché de la musique, en pleine crise d’identité. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble nécessaire de parler de GNU. GNU est ce qu’en France les médias ont coutume d’appeler Linux (il serait plus juste de dire GNU/Linux  [1]), c’est-à-dire, un système d’exploitation entièrement libre, des programmes informatiques libres eux aussi, fruit du travail souvent bénévole de nombreux programmeurs à travers le monde. GNU est régi par une licence très particulière, la GNU General Public License, qui garantit à tous :

-  La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).
-  La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins (liberté 1).
-  La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider son voisin (liberté 2).
-  La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3).
 »

(extrait de la traduction de Karl Pradène d’un texte de Richard Stallman intitulé « Qu’est-ce qu’un logiciel libre ? »)

Il est à noter, comme le précise d’ailleurs M. Stallman dans le même texte, que libre ne veut pas dire gratuit. Il existe des logiciels gratuits qui ne sont pas libres (freeware) à côté de nombreux logiciels et systèmes d’exploitation qui sont non seulement libres mais aussi gratuits (parfois les utilisateurs payent pour leur copie d’un programme informatique libre, parfois, c’est gratuitement qu’ils l’obtiennent). Le logiciel libre constitue une révolution, il circule sans entrave dans un univers pourtant marqué par la recherche du profit : lorsque vous copiez un logiciel Microsoft, même gratuit, et que vous le refilez à un pote, cela s’appelle du piratage et c’est puni par la loi (le copyright n’autorise qu’une copie par personne, aucune modification du produit n’est tolérée).

Richard Stallman, fondateur du projet GNU a trouvé un procédé très astucieux pour diffuser les produits informatiques tout en les les protégeant : le copyleft, ou copyright inversé. Le copyleft donne le droit de faire autant de copies que l’on veut d’un logiciel libre ; la copie devient libre à son tour et acquiert automatiquement le même statut que l’original, etc. Le but d’une telle entreprise étant de permettre à un plus grand nombre d’utilisateurs d’accéder aux produits informatiques en invitant les programmeurs comme les utilisateurs à « partager », « aider son voisin ».

La GPL n’est pas qu’une incitation à la copie et à la modification des logiciels (accès au code source), elle est aussi garante du respect des auteurs de logiciels libres (avant de mettre un logiciel sous copyleft, M. Stallman suggère de le mettre d’abord sous copyright afin de protéger son/ses auteurs), ainsi qu’un appel à un esprit plus communautaire, moins mercantile. A titre d’exemple, une distribution GNU/Linux (il en existe un nombre croissant) coûte rarement plus de 300 FF dans le commerce  [2] et vous donne accès à des milliers de logiciels – dont celui que j’utilise pour rédiger cet article. La quasi totalité des éléments du système et des logiciels fournis étant libres et gratuits, vous ne payez en somme que le packaging ; vous pourrez ensuite en faire ce que vous voudrez.

Tout ce préambule était destiné à vous éclairer sur le contexte dans lequel s’élabore actuellement la Free Music Public License, héritière musicale en ligne directe de la GNU GPL.

Musicien depuis un certain temps, je me suis toujours demandé quel était le meilleur moyen pour diffuser la musique que je compose. Cela m’embêtait fort d’être obligé de passer par une liste toujours plus longue d’intermédiaires vampiriques, ou muets, et lorsque je me suis par hasard intéressé au projet GNU, ça a tout de suite fait tilt : « Pourquoi pas une licence du même type pour la musique ? ». J’eus la chance d’échanger quelques mots avec R. Stallman sur ce sujet lors de sa venue à Bordeaux l’été dernier, pour les rencontres mondiales du logiciel libre. Il m’indiqua l’e-mail d’un étudiant de l’Université de Berkeley, Ensor avec lequel je me mis tout de suite en contact. Ensor travaille actuellement avec l’aide d’un avocat, Me Lawrence Lessig à l’élaboration du texte de la Free Music Public Licence (FMPL), le texte est aussi en germination avancée chez Ram Samudrala, auteur de nombreux – et fort instructifs – articles sur la philosophie de la musique libre. Il existe déjà quelques sites web qui diffusent de la musique libre, de nombreux musiciens y proposent déjà leur musique (on trouvera en fin d’article les adresses de ces sites).

Lorsque son texte sera juridiquement validé, la FMPL donnera, comme son inspiratrice informatique le droit de copier et de modifier la musique. Elle protégera bien entendu les musiciens contre les entreprises malhonnêtes telles que l’appropriation « commerciale » de leur musique par un tiers qui n’y aurait apporté aucune modification, et/ou aurait arbitrairement apposé son propre copyright sans tenir compte du/des auteurs de celle-ci. Les clauses à respecter impérativement pour diffuser de la musique libre sont de joindre le texte de la licence à la musique (sous forme de fichier informatique présent dans le CD, ou le fichier MP3) et de préciser les nom et contact du/des contributeur(s) (de même, tout logiciel libre est accompagné de la GNU GPL).

Toute entreprise commerciale sera régie par les termes de la FMPL, celle-ci ayant pour but principal de créer une communauté de musiciens solidaires, de stimuler la créativité par l’échange de connaissances dans le respect et la courtoisie, de faire circuler et de protéger la musique en légalisant la reproduction (fini le procès Napster !), d’autoriser la modification (arrangements différents, samples, interprétation différente, remix, ajout de paroles, d’instrumentation différente, reprises, etc.) des œuvres musicales et de supprimer les intermédiaires entre le musicien et le public (vente directe, téléchargements ou CD, possibilité pour le public d’enregistrer les concerts, etc.).

Il y a donc une réponse légale au trafic de copies illicites de CD : la copie licite ou copyleft. Il y a aussi une réponse au tarif exorbitant des CD (moins cher que le vinyle, c’est ce qu’on nous disait dans les années 80, bilan, le CD est à 120FF, pour un coût réel de fabrication se situant largement en dessous de 10FF).

Les musiciens ne touchent que 4% du prix versé par le public pour leurs CD ; de plus, ce barème est variable (les musiciens « connus » reçoivent plus de 4%, les autres, moins de 4%). A l’inégalité des chances entre les musiciens provoquée par l’attitude cynique sans ambiguïté des « géants » du secteur, à l’oubli de tant d’œuvres musicales sous prétexte que celles-ci n’ont pas de potentiel commercial, il y a une réponse : cette réponse, c’est la FMPL. La FMPL sera sans doute terminée – au plan légal – courant 2001. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez des précisions supplémentaires sur ce sujet épineux, ou si vous souhaitez soutenir notre action, ou encore, si vous avez de bonnes objections à apporter à ce projet qui ne manquera certainement d’en soulever de nombreuses et cruciales pour sa pérennisation.

Toute contribution est bien entendue la bienvenue. J’invite tous ceux que le sort des exclus (volontaires ou non) du show business (et ils sont aussi nombreux que talentueux) intéresse à participer au développement du site. Vous pourrez bientôt y télécharger la musique d’Exorciste de Style, de Loubia Dobb System (deux projets auxquels je travaille), et de tous ceux qui auront envie d’y proposer leur musique. Vous pourrez aussi vous y exprimer sur la question, si elle vous intéresse. Nous ne misons d’emblée que sur l’honnêteté du public, son sens des responsabilités vis-à-vis de la société de consommation, et son respect supposé des créations musicales. Le système actuel et le développement du MP3 a malheureusement enfanté une nouvelle race de consommateur : le consommateur-voleur. Celui-ci aura-t-il un peu plus de scrupules à s’approprier de la musique libre ? Finira-t-il par acheter ma musique, et celle de ceux qui comme moi se sont engouffrés dans cette brèche ? Il la paiera moins cher que celle qu’il ne voulait plus payer, c’est déjà un bon argument. Il saura ensuite qu’elle ne profite pas à un producteur véreux, mais à celui ou ceux qui l’ont fabriquée.

Musiciens : la recherche seule du profit affame la créativité ! Ne sommes-nous pas de plus en plus nombreux à avoir les moyens techniques de produire de la musique de qualité par nous-mêmes ? Alors pourquoi attendre qu’un gugus en costard infroissable bleu électrochoc daigne – peut-être un jour, rien n’est moins sûr d’ailleurs – nous autoriser à pénétrer dans son joli bureau pour y signer le contrat du-siècle-de-la-mort-qui-tue (« Un havane, Serge ? »). Nous pouvons nous passer de lui, n’est-ce pas, amigos ! Pour le moment, un paquet d’entre nous sont obligés de trimer à autre chose qu’à leurs compos pour gagner leur croûte. Musiciens, mélomanes, labels indépendants de France, de Navarre, d’Amérique ou du Lesotho, aidez-nous à libérer la musique de ce système inégal et verrouillé, qui engraisse les uns pour mieux dépouiller les autres : rejoignez le camp de la musique libre !

Wagdi, Eric Aouanes.

[1] Plus exactement, ce qu’on appelle une distribution Linux est en fait la combinaison du système d’exploitation Linux et d’une flopée d’utilitaires GNU conçus pour ce système (NDLR).

[2] Et beaucoup moins cher chez Ikarios, NDLR.

Ether-Michel Pillequant
Cet article a été publié dans le numéro de février 2001 de la Linha Imaginot dont je remercie les membres pour leur gentillesse ! Voir aussi :
-  musique-libre.com
-  vnatrc-bortch.org